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Risques
& Assurances

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Prévention et assurance

Une réalité pour tous

Un mur de soutènement de 17 mètres de haut et 150 mètres de long, en milieu urbain, est construit pour permettre la réalisation d’un ensemble hôtelier; le mur s’effondre 6 mois après son achèvement.

Aucun mort ni blessé n’est à déplorer; le chantier de la résidence est retardé de 1 an.

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Un grand complexe commercial est construit partiellement sur un remblai argileux de 45m d’épaisseur. Les hypothèses hydrogéologiques prises pour apprécier la tenue du remblai se sont révélées erronées.

Confronté à des mouvements de son sous-sol, le centre commercial a dû pendant plusieurs années condamner pour raisons de sécurité une aile entière de son bâtiment, laquelle rouvre progressivement depuis fin 2006. Le complexe cinématographique lui aussi fermé peu après l’ouverture a été détruit après une tentative de confortement.

Neuf personnes ont trouvé la mort et plusieurs ont été blessées après l’avalanche survenue le 12 juillet 2012 au Mont Maudit, dans le massif du Mont-Blanc; ces 9 personnes étaient expérimentées et entraînées.

Les risques de la montagne associés à la fréquentation du site font que la probabilité d’un accident n’est pas négligeable. Ce genre d’événements intervient malheureusement avec une récurrence d’une dizaine d’années.

Notre vie tant professionnelle que familiale nous expose au risque, à tout moment.
Notre expérience nous permet d’anticiper le risque, et d’adopter un comportement ou un mode d’organisation qui permet de réduire le risque à un niveau jugé acceptable.
Si nous considérons inacceptable le niveau de risque, nous avons le plus souvent le choix d’opter pour une autre solution, ou bien renoncer à notre projet.

Aléa et enjeu

Le risque, c’est le prix à payer pour chacune de nos actions.
Ce prix, souvent, nous n’en avons pas conscience. Nous avons réalisé notre projet, tout s’est bien passé; nous n’avons pas dû engager de dépenses supplémentaires, éventuellement inattendues.

Le risque est le produit d’un aléa et d’un enjeu.

L’aléa est la probabilité de la survenance de l’évènement défavorable.
Ainsi, la survenance d’une crue décennale pendant des travaux en rivière; le batardeau pourra alors être emporté; il faudra le reconstruire, et subir la charge financière du retard de chantier.
La statistique de l’assureur mesure l’aléa; à travers son expérience, le professionnel peut tenter d’évaluer l’aléa.
Dans notre société, le premier enjeu est la sécurité des personnes; l’obligation de résultat s’impose alors à tous, notamment au chef d’entreprise.

L’enjeu peut avoir une dimension matérielle: réparation voire reconstruction de l’ouvrage ou d’un bâtiment voisin.
Récemment, l’enjeu économique est apparu avec force: ainsi, le préjudice financier subi par les acteurs du chantier du fait d’un retard, mais aussi la perte d’exploitation subie par l’industriel du fait d’une interruption d’exploitation; le maître d’ouvrage réclame à l’ingénierie les surcoûts de réalisation.

L’arrêt d’exploitation d’un centre commercial a des conséquences économiques très lourdes, s’exprimant en millions d’euros mensuels; de même, la fermeture temporaire d’une plateforme logistique pour réfection du dallage peut justifier la construction de cellules complémentaires avant réfection.

Régulièrement, l’enjeu économique atteint voire dépasse en montant l’enjeu matériel; il est alors déterminant.
Lorsque l’enjeu est faible, la situation aléatoire peut être acceptée.
Ainsi, on peut décider de fonder une cabane de jardin, sans étude géotechnique; on accepte alors d’avoir à réparer notre cabane, voire la démonter et la reconstruire.

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Fonder un très grand centre commercial sur un très grand remblai argileux, adossé à un massif rocheux, est une prise de risque que les constructeurs français, fort de l’expérience malheureuse évoquée ci-dessus, ne renouvelleront pas.
Lorsque l’enjeu est élevé, la situation aléatoire doit être traitée, ou bien on doit renoncer au projet.

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vers une meilleure maîtrise du risque

Premières leçons

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Quelques exemples nous permettront de mieux comprendre l’importance d’une démarche prudente, face au grand enjeu.

Un hôpital est un ouvrage techniquement complexe, et onéreux.
Le maître d’ouvrage doit prendre les mesures adaptées aux enjeux: s’adjoindre une équipe d’ingénierie réunissant architecte et ingénieurs, traiter à un prix correct avec un entrepreneur hautement qualifié.
Un grand maître d’ouvrage a fait des choix très différents. Tout d’abord, il ne s’est pas entouré des compétences techniques d’ingénieurs; de plus, il a choisi pour entreprise de gros oeuvre une entreprise dont la situation financière était fragile, et qui proposait un prix trop bas.
Les bâtiments, élévés au 6eme niveau, ont dû être détruits avant achèvement, puis reconstruits. Le coût total du sinistre dépasse 45.000.000 euros.

De l’effondrement du grand mur de soutènement, précédemment cité, on peut tirer quelques enseignements.
Tout d’abord, un grand soutènement représente toujours un enjeu physique fort, tant pour les personnes que pour les biens. Le maître d’ouvrage doit mobiliser absolument les compétences techniques nécessaires, sans mettre les bureaux d’études en coupe réglée.
De plus, l’ouvrage était réalisé en montagne. La montagne est un espace où les cycles des saisons s’expriment avec une force étonnante pour l’habitant de la plaine: la fonte des neiges est un moment redoutable pour les sols de couverture qui sont traversés par des écoulements importants et aléatoires. Optimiser le coût de l’ouvrage en réduisant les équipements de drainage était une décision aventureuse.
Enfin, faire le choix d’un mur de soutènement définitif est beaucoup plus engageant que le choix d’un bâtiment reprenant la butée des terres. Cette prise de risque est inutile, lorsque l’ouvrage de butée est réalisable; le seul parti architectural n’est pas une réponse satisfaisante.
Le maître d’ouvrage avait alloué 20.000 euros aux investigations et études géotechniques. Un géotechnicien avait accepté une telle mission. Les conséquences financières s’élèvent à plusieurs millions d’euros; des vies humaines ont été exposées.

Agir face au risque

Dans notre culture, le risque, petit ou grand, est volontiers subi comme une fatalité. Face au risque, certains sont cigales; ils tentent de profiter de l’opportunité favorable; ils ne prennent pas garde au grand risque et tenteront de reporter sur l’autre les conséquences de la survenance malheureuse.

Une démarche intégrant le long terme impose d’anticiper le grand risque.
La démarche consiste alors à identifier les enjeux, les mesurer, puis à prendre les dispositions permettant de supprimer les enjeux anormaux ou de les réduire; les moyens seront alors apportés pour réduire l’aléa résiduel.
En agissant tant sur l’enjeu que sur l’aléa, nous transformons notre exposition au grand risque.

Dans l’acte de construire, chaque acteur participe au risque.
Le maître d’ouvrage est au centre de l’organisation; il élabore le programme, phase essentielle dans l’élaboration d’un projet; les enjeux techniques doivent avoir été indentifiés, afin de mobiliser dès le début des études les compétences techniques nécessaires.
Puis, le maître d’ouvrage choisit une équipe d’ingénierie réunissant architecte et ingénieurs; les honoraires d’ingénierie doivent être suffisants et équitablement répartis. Enfin, le maître d’ouvrage consulte les entreprises; la qualité de l’offre technique de l’entrepreneur sera ou non le premier facteur de choix; le poids de l’aléa variera selon.

Au sein de l’équipe d’ingénierie, architecte et ingénieurs collaborent pour apporter une réponse satisfaisante au maître d’ouvrage: qualité architecturale répondant au programme, un ouvrage techniquement fiable.
Pour atteindre ce double objectif, l’architecte doit avoir le souci du matériau et des techniques de l’ingénieur; l’ingénieur doit échanger avec l’architecte dans l’élaboration de l’objet architectural.
La phase chantier est aussi une période déterminante pour le risque; valider la qualité des ouvrages exécutés doit être le fait de l’ingénieur au sein de l’équipe de maîtrise d’oeuvre; confier le risque de non qualité à l’auto-assurance de l’entrepreneur est un choix de cigale.
Aujourd’hui, les honoraires alloués à la prestation de contrôle de qualité représentent un poids très insuffisant.

L’entrepreneur mobilise sur le chantier les compétences humaines et les moyens matériels.

Ses équipes sont en première ligne, exposées au risque physique.L’entrepreneur est aussi l’auteur de la qualité ou la non-qualité d’exécution.

Depuis 20 ans, les entreprises du BTP françaises ont réduit remarquablement le risque d’accident corporel sur chantier. Ayant considéré longtemps l’accident de chantier comme une fatalité du bâtiment, les entrepreneurs se sont donnés les moyens d’approcher le risque zéro.
Quelques PME, quelques filiales de major sont dirigés par des hommes ayant la force et la volonté de construire toujours des ouvrages de qualité. Cette exception peut devenir la règle.
Les acteurs français du bâtiment pourraient, s’ils le décidaient ensemble, traiter de la même manière forte la non-qualité, maladie endémique du bâtiment.

Le contrat est un outil pour préciser voire limiter l’exposition du prestataire au financement du risque.
L’arrêt provisoire d’exploitation d’un centre commercial ou d’une usine constitue un enjeu financier toujours majeur, sans relation aucune avec les honoraires de l’ingénierie.
Limiter cette exposition par une clause dans le marché d’ingénierie est une nécessité.
L’entreprise et son bureau d’étude sous-traitant devraient adopter une solution semblable dans leur relation.

Ainsi, par son attention et sa détermination, le professionnel accompli réduit fortement voire supprime le grand risque: un programme clair, un budget adapté aux enjeux, un projet architectural mariant harmonieusement des techniques maîtrisées par les ingénieurs, des projets techniquement détaillés, le choix d’un entrepreneur ayant l’expérience et les moyens matériels.

L’ingénierie se doit de maintenir voire d’élever son niveau de compétence technique; l’exercice quotidien de prestations pleines est seul garant de ce résultat; il en est de même pour le musicien qui doit pratiquer chaque jour ses exercices.

Le grand risque est la conjonction d’un enjeu majeur et de choix inadéquats en terme de solution technique ou de moyens.
Les grands enjeux ayant été préalablement identifiés, les moyens financiers et humains ayant été mobilisés, le grand risque disparaît ou son aléa devient très faible.

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Conclusion

Ainsi, l’aléa facteur de risque n’est pas où on l’attend; il est faible sur les grands enjeux; il est plus fort sur les enjeux secondaires.
L’analyse des risques attachés à un projet, une politique volontaire de réduction voire d’élimination du grand risque a de nombreux effets positifs: pratiques professionnelles améliorées, image de son entreprise voire de la profession préservée, coût du risque maîtrisé et réduit.

De plus, nous disposons de l’assurance pour transférer la partie financière du risque, en tout ou partie.

Le risque n’est pas une fatalité; c’est au contraire un stimulant pour progresser dans l’exercice raisonnable de son métier.
Reprenant les propos de François EWALD, fondateur de la revue RISQUES, le risque est une façon de maîtriser, voire de s’approprier l’avenir.

JJ MOUSSELON
ingénieur ETP

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